J'aurai voulu être Abraham

Publié le par GLAD

J’aurai voulu être Abraham, mon oncle. Mais je suis Lot. Lui, c’est un vrai homme de Dieu !  Je l’ai suivi dans son aventure il y a déjà bien des années et je l’ai toujours admiré : Dieu lui a parlé en lui disant : Pars de ton pays et va dans le pays que je te montrerai et lui, ni une ni deux s’est décidé et a tout laissé derrière lui, tout ce qu’il connaissait, toute son histoire, ses habitudes, les coutumes de son peuple et même son père qui devenait âgé… Moi, je l’ai suivi un peu comme ça, par aventure. Je me suis dit que ca serait sympa de voir du pays et puis mon oncle est très responsable ; je pourrai toujours compter sur lui en cas de pépins…  Il n’a pas eu peur de montrer sa foi partout où il allait et il faisait des gestes d’adoration concrets à son dieu : il bâtit plusieurs autels en son nom et suivait toujours la voix qui le guidait. Et ainsi nous avons parcouru beaucoup de territoires inconnus, ensemble, toujours ensemble.

Quelle mouche m’a piquée le jour où je lui ai demandé de séparer nos troupeaux devenus nombreux et que chacun prenne une direction opposée pour ne pas se marcher sur les pieds ! Mon oncle ne m’a fait aucun reproche ce jour-là et pourtant, il aurait pu ! On m’a raconté l’histoire d’un homme dont le fils a demandé tout son héritage du vivant de son père et l’a dilapidé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire… et le père, au lieu de se fâcher, attendait chaque jour son fils sur le chemin de la maison. Il parait même que, quand le fils, à bout de ressource et plein de regrets est revenu à la maison du père, celui-ci lui a fait une grande fête ! Ben moi, ce jour-là, j’ai un peu fait comme le fils de l’histoire. Aucune reconnaissance pour Abraham dans mon cœur, juste envie de faire ma vie quoi.

Et là, avec toute sa tendresse, il m’a même laissé choisir mon territoire ! Quelle bonté ! Aujourd’hui, je m’en mords les doigts, mais sur le moment, je l’ai regardé comme un type faible et sans volonté. Alors naturellement, dans mon égoïsme boursoufflé, j’ai choisi la meilleure part, à vue d’homme : des terres fertiles, la plaine du Jourdain, c’est pas mal ca ! Une plaine verdoyante et bien arrosée, comme un jardin luxuriant. Il n’y aura pas trop de travail d’irrigation et les légumes et les fruits poussent tous seuls, fantastique. Abraham semblait toutefois inquiet pour moi. Il me dit :

-          Lot, attention tout de même, ce territoire est en bordure des villes de Sodome et Gomorrhe, où les gens ont la réputation d’être extrêmement méchants et détestent Dieu. Ils le provoquent à tour de bras et font des choses que l’Eternel désapprouve. Lot, s’il te plait, n’oublie pas notre Dieu.

Mais moi je me disais intérieurement : Cause toujours mon oncle, ce n’est pas vraiment notre Dieu, c’est le tien : c’est bien à toi qu’il parle, pas à moi ! Tu me racontes tes rencontres, mais moi, il n’a jamais daigné me parler alors… Mais je ne dis mot pour ne pas l’attrister, quand même, il m’a donné la meilleure part… Alors je lui fis un bon signe d’acquiescement, juste celui qu’il attendait et entrepris de rassembler mes affaires, très excité par cette nouvelle étape de mon aventure. Et puis, je n’aurai plus Abraham pour me dicter ce que je dois faire ou ne pas faire, je serai seul maître à bord ! c’est génial ca !

Les mois qui ont suivi cette séparation, j’ai fait paître avec bonheur mes troupeaux dans la plaine et je goûtais au délice de l’oisiveté. Enfin plus besoin de se déplacer vers une terra incognita en fonction du bon vouloir d’un dieu que je n’ai jamais rencontré. La vie est belle ! profitons-en ! Les habitants de Sodome et Gomorrhe venaient de plus en plus souvent faire commerce avec moi et ca me plaisait bien. Au bout d’un an, j’avais accumulé assez d’argent pour prétendre à un logis plus confortable que mes tentes toutes usées. Je me suis alors offert une belle maison en plein centre de Sodome avec une belle cour intérieur où trônait une fontaine magnifique. Certains habitants de la ville était jaloux de ma réussite, mais je n’en avais cure. J’ai même marié mes deux filles à des Sodomites et tout se passait bien.

Et puis un soir, alors que je faisais encore commerce à la porte de la ville, deux hommes habillés en blanc se sont dirigés droit sur moi. Tout de suite, j’ai senti qu’ils avaient quelque chose de très spécial et pour ne pas me tromper (étaient-ce des princes très influents ou des anges ?) je me suis prosterné devant eux et leur ai offert le gîte et le couvert avant qu’ils ne reprennent la route. Je sentais au fond de moi quelque chose qui brûlait, mais je n’aurai pas pu dire quoi. Ils ont d’abord refusé, mais comme j’insistais vraiment, ils finirent par accepter mon invitation. Des voisins avaient vu ces étrangers arriver chez moi et comme je donnai un festin, furent jaloux que j’héberge quelqu’un d’important. Une sorte d’émeute s’assembla devant le portail de ma maison et franchement ce soir-là, j’ai eu très peur ! On aurait dit que toute la méchanceté des Sodomites  s’était concentrée devant ma porte ce soir-là. Ils menacèrent d’abord mes hôtes puis décidèrent de s’en prendre à moi et à ma famille. C’est là que j’ai su qui ils étaient : les deux anges frappèrent d’aveuglement les gens qui étaient assemblés à tel point qu’ils ne savaient même plus comment se situer dans l’espace…

Abraham avait raison. J’aurai dû me méfier. je suis senti complètement pris au piège car ces hommes devaient repartir  le lendemain matin… Mon angoisse a dû transparaitre car les deux anges m’ont dit de prendre toute ma famille et de partir au plus vite car l’Eternel allait détruire la ville et ils avaient été envoyés pour m’avertir et me sauver. Je voulais discuter de cela avec eux, savoir comment et pourquoi ils étaient là, pour lui, mais ils m’ont pressé d’avertir toute la famille et partir immédiatement. J’ai appelé mes gendres avec leurs femmes, mais ceux-ci se sont carrément moqués de moi, comme si j’avais une tête à plaisanter ! Les anges m’ont alors carrément pris par la main, ma femme, mes filles et moi et nous ont obligé à quitter la ville en courant. Je ne réalisai alors pas à ce moment-là qu’il y avait vraiment urgence ! Mais les anges ne cessaient de dire : on doit vous sauver, Dieu est résolu à vous épargner à cause de la prière d’Abraham !

On a couru jusqu’aux portes de la ville et même encore après. Puis l’un des anges a dit très sérieusement, on voyait qu’il ne plaisantait pas : Sauve-toi pour ta vie ; ne regarde pas en arrière et ne t’arrête pas de toute la plaine, va vers la montagne le plus vite possible, ca va chauffer ici !

Bon, j’avoue j’ai, malgré l’urgence de la situation, encore réussi à marchander une étape entre ici et la montagne : une petite ville paisible dans la plaine. Les anges avaient l’air exaspérés mais avaient reçu des ordres formels : sauver ma vie et ma famille. C’est donc avec une réticence très expressive qu’ils m’ont accordé ce que je demandais mais m’ont répété : ne te retourne pas et ne t’arrête pas, quoi que tu entendes.

Ben mes amis, effectivement ca a chauffé. Ma femme n’a pas réussi à résister à la tentation de voir ce qui se passait et ne nous a jamais rejoint à Tsoar… J’ai ensuite appris par des nomades que les villes de Sodome et Gomorrhe avaient été englouties par des pluies de soufre et de feu. Tout, absolument tout avait été détruit. Nous sommes les seuls survivants… et tout cela grâce à Abraham qui a prié pour nous. Aujourd’hui à l’abri à Tsoar mais ayant tout perdu, il me reste le souvenir de mon oncle, cet homme droit et fidèle qui écoutait son Dieu, même quand il lui donnait des ordres bizarres, et qui a prié pour moi alors que j’ai été injuste avec lui et méprisant. Je crois que je vais lui écrire une lettre de remerciement et d’excuses car mon cœur est contrit de regrets face à toute son attitude de bonté et de pardon. Oui, je vais lui écrire et je le lui porterai moi-même afin qu’il sache que je regrette ce que j’ai fait et le souci que je lui ai donné…

Publicité

Publié dans narration

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article