
Mais bon sang, qu'est-ce que je
fais sur terre? Voilà la question qui vient de m'être adressée par une jeune dont l'entourage méprise sa personne en tant que telle.
"Je me sens être une merde... complètement pourrie". "Je suis fatiguée de la vie..." "Je n'ai plus d'énergie...". Voilà le cri des tripes d'une jeune méprisée, confinée tout au fond du sentiment de
rejet de ses proches, acculée dans un petit trou noir de solitude et de souffrances intenses! C'est difficile d'entendre pareille souffrance pour moi. D'abord parce que personnellement, j'ai vécu
des moments qui ressemblaient un peu à ceux-là. Le sentiment de rejet a été mon compagnon durant de nombreuses années

.Avec le temps et l'expérience, j'ai appris à l'apprivoiser un peu, ne plus me sentir esclave mais plutôt réfléchir, discerner, prendre du recul et me
positionner, si possible dans le calme. Et pourtant, il me poursuit et ne me laisse aucun répit.
Et évidemment, ce cri du coeur me touche profondément. Je ne peux pas le nier. J'avais, face à cette situation de crise, envie de poser directement la question: "Qui es-tu?" Es-tu ce que les
autres te renvoient comme image de toi, leur perception égoïste et irrespectueuse ont-ils de ta personne? Es-tu d'abord une personne, un être humain à part entière avec les mêmes droits que
quiconque et particulièrement les mêmes droits que tes frères et soeurs? Mais cette question, il faut la garder pour plus tard: le cri et la détresse sont tellement forts, il s'agit d'abord de
calmer la tempête, et peut-être lui proposer un lieu sans conflit, sans agression, pour reprendre tout simplement des forces physiques, psychologiques.
De mon côté, j'ai continué à réfléchir à la situation:
A répétition, cette jeune a vécu dans son entourage la comparaison avec sa soeur "si brillante". "parfaite physiquement", "intelligente","drôle", "joviale", "bien dans sa peau", etc... A mesure que
cette jeune a grandi, le message, de plus en plus fort qu'elle a reçu c'est: "elle est brillante, je ne le suis pas", "elle est belle, je ne le suis pas", "elle est intelligente, je ne le suis
pas", "elle est drôle, je ne le suis pas". Elle a petit à petit intégrer intérieurement le message transmis de l'extérieur. Comment une enfant qui intègre cela peut, malgré les attaques
répétées dans son identité, relever la tête, être bien dans sa peau, joviale, etc? Terrée au fond du trou du désespoir, elle "confirme" inconsciemment ce qu'elle entend au fur et à mesure du temps
qui passe. Elle ne peut être brillante: elle se bat intérieurement pour croire qu'elle a juste un peu de capacité intellectuelle! Elle se sent moche et n'arrive pas à se mettre en valeur parce
qu'elle n'a plus confiance en elle et se voit dans le miroir comme elle croit maintenant que les autres la voient. Elle n'est pas drôle: rire est l'apanage de ceux qui peuvent

mettre à distance les souffrances. Elle ne le peut plus. Elle n'est pas joviale non plus:elle a
peur, elle est terrorisée d'entendre d'autres critiques. Quelqu'un qui a la peur au ventre peut-il être jovial? Elle n'est pas bien dans sa peau car elle voudrait être à mille lieux de son corps
dénigré quotidiennement par les autres (messages inconscients ou explicites) et maintenant par elle-même. Comment demander à une enfant en souffrance de remplir de telles exigences? que
fait-on pour l'aider à sortir du puit dans lequel d'autres l'ont jetée? Je pense à l'histoire de Joseph jeté dans un puit par ses frères par jalousie. Si un de ses frères n'avait pas eu pitié de
lui et ne l'avait vendu aux marchands d'esclaves, il en serait mort.

J'ai toutefois envie de revenir sur la question essentielle: "Qui suis-je?"
Enlevons un instant le miroir déformant des autres. Qui suis-je? Ai-je au fond des envies? des désirs? des aspirations? des sujets de prédilection? une vocation? de l'amour? de la haine? de la
colère? Est-ce que je suis en contact avec mes émotions? mon corps? Ai-je du respect pour ma personne?
Je suis. Pour commencer, je suis. Les autres, même les proches, ne le voient pas? qu'importe. Je suis. Je respire, je regarde le monde, je pense, je parle, je marche,j'écoute, j'aime ou déteste,
j'agis, je dors... Les autres ne me voient pas? Je me sens transparente? Je changes de miroir: non plus celui des autres, le mien au plus profond de mon coeur, de mon être. Je suis bien là! J'ai à
décider pour moi-même, je ne me laisserais plus jamais manquer de respect parce que premièrement je veux me respecter. J'ai les mêmes droits, la même valeur que les autres,
qu'elles le reconnaissent ou non. Personne ne peut (malheureusement) changer les autres, mais nous avons le pouvoir de nous changer nous-mêmes.
Ensuite, il y a la relation avec les autres dans ce monde. Si je commence à me respecter, alors je n'aurais plus envie de me laisser marcher dessus, humilier, écraser,
écarter, mépriser. Je tenterais d'établir des limites claires à ce que j'accepte des autres et refuserais clairement ce qui me blesse ou m'humilie. Il faudra peut-être même prendre des
mesures pour m'éloigner de ce terrain blessant.
Parfois, on préfère éviter le conflit. Pourtant, le conflit est là, à l'intérieur de soi. Il y a un dilemne à mon avis entre le désir profond d'exister en tant que personne et le désir de ne
pas "blesser" l'autre, même si c'est lui qui nous blesse. Jusque à quand vais accepter de subir?
Une des solutions se trouve dans le discernement des responsabilités: Rendre à César ce qui est à César.
Les autres ont la responsabilité de leurs paroles, de leurs actes, de leur attitude.Un jour, chacun devra passer devant le trône de justice, seul. Aucune excuse ne sera valable ce jour-là: chacun
sera jugé pour lui-même, ses choix, ses paroles, ses actes; il y aura de très belles surprises car nous aurons fait du bien là où nous ne nous y attendions pas. Il y aura malheureusement de
mauvaises surprises... mais nous en serons responsables, seul.
Je crois que, dans l'attente que chacun prenne ses propres responsabilités, il est nécessaire de se protéger et de trouver refuge dans la Paix et l'Amour de notre Seigneur. Cela ne veut pas dire
pour moi se taire, au contraire: Savoir dire stop, refuser d'accepter ces manques de respect, souligner les injustices à notre égard, demander le respect et si, malgré tout les personnes continuent
dans leur attitude, savoir s'éloigner pour sa propre survie et son bien-être.
Pourtant, j'ai un grand espoir pour tous ceux qui sont opprimés, brisés, humiliés, rejetés, abandonnés et je le tiens très fermement dans mon coeur:
Dieu dit explicitement:
" Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t'avais consacré" (Jér 1.5). Dieu nous connait entièrement et il a formé des
projets pour chacun(e):
"Car je connais les
projets que j'ai formés sur vous, dit l'Éternel,
projets
de paix et non de malheur,
afin de vous donner un
avenir et de l'espérance."
(Jér. 29.11)
Et il a promis, pour tous ceux qui souffrent, une aide concrète:
"
Invoque-
moi, et je te répondrai; Je t'annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas." Jér. 33.3
A tous ceux qui sont prisonniers de leur souffrance, je lance un appel de confiance en Dieu: il est fidèle. Quand il dit: parle-moi, dis-moi tes souffrances, il n'est pas seulement disposé à
entendre, mais à agir pour nous! Je vous encourage à essayer: cela ne coute rien du tout et Dieu opère de grandes délivrances!
Mona
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